Du Paradis à l'Enfer

Nous sommes le 30 décembre 2018Nous allons clôturer cette belle année, nous venions d'acheter notre appartement, et fêtions nos trois premières années de mariage. Ce matin là, je me réveille avec une seule idée en tête : je suis enceinte, je le sais, je m'empare d'un test, en attendant le verdict, je me sers une tasse de thé et fait le point assise sur un coin de table; Dans quelques instants ma vie va basculer, et je le sais, mais ce que je ne sais pas encore, c'est à quel point... 



Je vis ce moment que vivent tant de femmes, deux petites barres s'affichent, je fixe cette barre si pâle que je fini par douter de sa présence. Je doute tellement que je réveille mon Poupou pour lui dire :  "Je crois que je suis enceinte" trois tests plus tard, une prise de sang après, je suis vraiment enceinte et nous fêterons le dernier jour de l'année à trois.

Nous voila fin janvier, nous avons notre premier rendez-vous chez le gygy, ce jour là, tout bascule, nous passons à l'échographie, après la batterie classique de questions, je fixe l'écran, tout semble bien se passer quand j'entends cinq mots qui raisonnent encore dans ma tête: "Son coeur ne bat pas"  




QUOIIIIIIIIIIIII??? Expliquez moi encore, parce que la, mon cerveau n'assimile plus les infos.
Poupou La tête dans ses mains a bien compris.
Il est trop petit, il ne se développe plus, le médecin décide de me laisser intégrer l'idée et de me faire rentrer à la maison, qu'il "parte" naturellement. 

" On est parti à trois, on rentre à deux" 


A la maison, on s'effondre, cette journée de rêve s'est transformée en véritable enfer, je me sens vide, je n'ai plus envie d'avancer, pourquoi nous ? C'est tellement injuste. On commence à en parler à nos proches, certains ont des mots si dures sans s'en rendre compte. 

Début ou suite du calvaire : 

Les jours semblent interminables, je commence à saigner alors peut être qu'il se décroche, peut être que mon bébé va définitivement nous quitter. Nous avons un nouveau rendez-vous avec le gynécologue, et la verdict: 
"Il est toujours la, rien n'a bougé" 
Il nous explique deux choses, que je vais devoir prendre les médicaments qu'on utilise pour les avortements.
Et si ça ne fonctionne pas, puisque c'est possible nous devrons opérer...

Je commence à angoisser, je ne supporte plus d'avoir ce bébé mort dans mon ventre, je veux qu'il parte. Je déteste la vie, les gens, je m'en veux, je nous en veux, mais rien de tout ça changera la finalité, il doit partir, nous n'avons pas le choix.
Je commence les médicaments, j'ai très peur, je me tétanise pendant deux heures et... rien absolument rien ne se passe. 
Plus qu'une chance, un seul cachet, cette fois je change totalement d'attitude, être forte c'est maintenant.
"Avoir peur, c'est souffrir deux fois"
Je me détends, je décide d'aller marcher quand je ressens comme une "chute" à l'intérieur, ça y'est je le sens il est parti ( pas sans mal, je vous épargne les cris, les contractions et le sang). 
Je ne pensais pas qu'une si petite chose pouvais ravager mon corps et mon esprit tout entier. 
A l'échographie suivante, première bonne nouvelle de l'année, il n' y a plus rien. 
Voilà maintenant il va falloir oublier pour pouvoir recommencer...
Ce que je regrette c'est d'avoir eu un professionnel totalement détaché, même s'il en voit tout les jours par pitié faire ça avec tact, car le plus traumatisant, ce qui reste: Ce sont les mots. 

Aujourd'hui, je vais mieux, nous allons mieux. Malgré tout, j'ai fait une fausse couche spontanée en juin, soit quatre mois après, avec une grosse hémorragie, j'ai passé l'été à saigner, nous avons eu d'autres moments plutôt difficiles. 

Aujourd'hui, c'est encore si tabou, et il n' y pas de raison, ni de cause, la nature est bien faite il parait. Ce que j'ai retenu c'est que ce n'est pas de ma faute. 
A toutes celle qui l'ont vécu qui le vivrons ou qui le vivent, sachez que vous n'êtes pas seule, et que je suis de tout coeur avec vous que ce soit une FCS, une grossesse avancée ou avant les trois mois, la seule chose qu'on ne pourra jamais nous retirer, c'est que ce sont nos bébés.
Lexique des petites phrases meurtrières: 
"C'est bon, c'est arrivé à une copine à moi c'est rien "
"Vous êtes jeunes, vous en ferez d'autres"
"C'était pas un bébé"
"Ca aurait pu être pire, handicape ou même mort à la naissance"
" Je vais vous raconter une anecdote ..."
Et oui,
Nous avons eu de la "chance", alors on a fini par le garder notre chagrin et le partager qu'avec les gens essentiels.
Tendre pensée à Caroline, Pauline, Sabine, Claudia, Alex et Maman 










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